mardi 10 mars 2009

Regroupement familial

Les voyages forment la jeunesse


Sans doute voulaient-ils vérifier que nous ne faisions pas de bêtises, ou tout du moins de pas trop graves. Ou peut-être voulaient-ils juste démontrer à leurs chtiots que eux-aussi étaient capables de barouder à travers l’Amérique latine. Faudra le leur demander. En tout cas une chose est sûre, c’est qu’ils sont là, avec nous : l’Odile Duj’ et les Nicole & Jean-Baptiste Anj’.

Ils ont ramenés dans leurs valises Minique & Pierre Lag’, deux amis lillois d’Odile.


Nous partîmes deux, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes sept en arrivant à l’aéroport. Cependant ce renfort sera de courte durée, les parents Angebault ayant d’abord prévu de visiter mon oncle d’Amérique, Pascal, qui vit près d’un lac isolé de Patagonie chilienne. Redécollage immédiat donc pour tous les deux après un rapide café (bière pour être plus proche des faits...) partagé dans l’aéroport.

Le gros de la troupe (le jeu de mot est tentant, mais je résiste...) s’en va à Santiago pour une visite du coeur historique.



Kaléidoscope

Le lendemain nous partons pour Viña del Mar qui a comme intérêt principal, outre ses plages, sa proximité avec Valparaiso.

Les deux voisines ne sont proches que de situation géographique. Le reste à plutôt tendance à les opposer. Viña est une station balnéaire qui attire les gros revenus de Santiago, quand Valparaiso, de son petit nom Valpo, est une grande cité industrielle. Nous logeons à Viña pour des raisons de sécurité, car Valpo traîne une image de ville dangereuse. Nous y reviendrons...


Demi-journée plage histoire de s’apercevoir que le courant froid d’Humboldt qui glisse le long des côtes est bien présent. Vagues fortes et température frisquette au programme.

Puis deux journées à Valparaiso, parce qu’elle le vaut bien.

La ville est découpée en deux partie principale :

La ville basse, plane, qui regroupe principalement le port et la plupart des bâtiments administratifs.

Et les collines sur lesquelles s’étalent à perte de vue des maisons de bois recouvertes de tôles ondulées multicolores réparties de manière quelque peu anarchique du fait des contraintes imposées par le relief. Et pour accéder plus facilement à ces différentes collines, pas moins de 14 funiculaires répartis sur toute la ville.

Cette organisation bordélique anarchique et ces couleurs multiples font de Valparaiso une ville kaléidoscope. Et c’est tout le charme de cette ville, charme auquel nous ne resterons pas insensible.

L’atmosphère particulière de cette ville ouvrière doit également beaucoup à ces centaines de chiens et de chats, souvent endormis, qui parsèment ses rues, ainsi qu’à ces peintures murales et graffitis artistiques qui décorent ses murs.



Mais la réputation de Valparaiso concerne également son insécurité latente. Tout au long de notre visite, des gens venaient spontanément nous voir pour nous avertir (à croire que nous étions faciles à repérer comme « touristes » il faut dire que les parents and CO sont arrivés un peu palots...). Les « n’allez pas plus loin », « cachez votre appareil » et autres « surveillez vos poches » ont rythmé nos journées.

Et il s’en est fallut de peu pour que nous ne passions malgré tout à la caisse...

Dans un restaurant le soir, deux jeunes faisant semblant de s’intéresser à la carte à la table d’à côté pendant que nous payions, puis ressortant sans commander. Le serveur les reconnait, nous prévient et nous propose de nous « escorter » jusqu’au bus. Nous acceptons. Escorte utile, car sitôt sortis par la porte arrière du restaurant nous sommes suivis. Mais les voleurs se sachant repérés, et le serveur faisant « barrage », ils ne passeront finalement pas à l’acte. Mais avouons que nous n’en menions vraiment pas large agrippés que nous étions à nos sacs...



Sur le seuil de la Patagonie


Après une nuit de transfert en bus inégalement apprécié par les membres du petit groupe, nous arrivons à Puerto Montt, située à 1000 km au sud de Santiago.

La ville en elle-même a relativement peu d’intérêt, mais déjà la végétation et les paysages environnants sont là pour nous rappeler que nous sommes très près du début de la Patagonie.

Le groupe de 7 se reforme avec le retour de Nicole & JB. Et rien de tel qu’un bon restaurant de fruits de mer pour se raconter nos aventures respectives.

Embarquement tous ensemble pour un tour qui nous mènera à Peulla via de biens jolis paysages (volcans enneigés aux cônes frôlant parfois la perfection, chutes d’eaux, lac aux rives encore bien sauvages...).




Ça y est, je comprends mieux... On a beau me surnommer la marmotte, je tiens à préciser que mon poisson rouge ne passe pas uniquement son temps à oublier, il s’endort aussi assez facilement... Et bien, j’ai trouvé : c’est héréditaire ! Le papa de mon poisson rouge narcoleptique est pareil tant du point de vue du sommeil que de la mémoire...


Mots de ventre (intermède gastrique) :

Je profiterai bien peu des paysages de la route retour ainsi que de la nuit qui suivra, morceau de saumon peu frais avalé le midi oblige. Oui, je sais, c’est pas bien passionnant, mais j’avais besoin de vider mon estomac sac. Heu, je ne voudrai pas en rajouter, mais les sacs, tu les as plus remplis que vidés... (Florence, je te tiens à disposition les photos du désastre nauséeux nocturne ;o) ).


Nous partons ensuite pour la très spirituelle île de Chiloé, ou comment rentrer en 2 jours dans plus d’églises que pendant 6 mois de voyage. Ici, les jésuites ont bien réussi dans leur mission d’évangélisation à en croire par la centaine d’église qui parsème le territoire pourtant réduit.



Et en plus ils se sont appliqués, parce qu’elles sont toutes mimines leurs églises. L’Unesco ne s’y est pas trompé et en fait figurer 14 d’entre elles sur la liste du patrimoine culturel de l’humanité.

Bref, nous qui étions plutôt habitués à faire la tournée des bars, nous nous retrouvons à faire la tournée des églises. Signe sans doute de l’influence malsaine que nos parents et compères ont sur nous.


Mais la spiritualité de Chiloé c’est aussi de sacrés paysages, de la divine cuisine et des palafitos (maisons sur pilotis) qui tiennent miraculeusement debout. Bref, un petit paradis...






La croisière s’amuse





Tel des prophètes, nous voilà sur l’Evangelista qui va nous mener en 4 jours vers le sud de la Patagonie, notre terre promise.




En réalité, bien plus qu’un pèlerinage vertueux, ce seront 4 jours de débauche, 4 jours pendant lesquels nous baigneront dans la luxure en nous adonnant aux plaisirs du jeu (bingo, échecs, scrabble...), nous nous laisserons entraîner dans la paresse (sieste à toute heure de la journée) et nous cèderons bien volontiers à la gourmandise (triple ration de brownie pour tous !). Et que dire de Pierre qui a découvert à cette occasion la Dulce de Leche (confiture de lait). Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a bien aimé...Et de Nicole et Dominique qui jouaient les receleuses à la sortie des ptits déj, les sacs pleins de confiote, café, brownies...

Avouons le, ces quelques jours ont été bien agréables...


D’autant que, une fois n’est pas coutume, nous en aurons plein les yeux, navigant dans des canaux patagons grandioses, longeant de nombreux glaciers notamment le gigantesque Pie XI, le tout escortés par des cormorants, lions et éléphants de mers, dauphins...

Cette croisière, idéalement située à la moitié de nos vacances familiales, nous aura permis de recharger à bloc nos batteries avant de nous attaquer au grand sud.






3 petites tours et puis s’en vont


Sitôt débarqués de notre évangile flottante, nous partons en direction du parc Torres del Paine. Malheureusement l’agence de voyage qui s’est occupé de nos réservations nous avait préparé une mauvaise surprise. Nous nous trouvons cantonnés dans un hôtel aux abords du parc, d’où il est bien difficile ensuite d’atteindre les différents centres d’intérêt du dit parc. Nous sommes contraint de contracter avec un chauffeur officieux qui dicte sa loi, sachant bien que nous n’avons guère le choix que d’accepter ses conditions.





Mis à part cette surprise quelque peu désagréable qui nous obligera à déserter une nuit nos cabañas pourtant confortables et prépayées pour le confort spartiate d’un camping (le dos de Pierre s’en rappellera), nous passerons deux journées très agréables bien que ventées et nuageuses à arpenter les chemins du parc. Pour les initiés qui connaitraient le circuit du « W », nous n’auront eu le temps que d’en faire un « V », soit une journée en direction du glacier Grey, et une dans la vallée du français, aux pied des tours.




Et puis au passage nous croiserons quelques spécimen de la faune locale, dont le joli guanaco (lama sauvage) et la non moins jolie caiquen (oie sauvage), ainsi qu’un volatile identifié comme un condor par Pierre, version plus ou moins mise en doute par Amélie. Et comme on saura jamais, ami lecteur, je te laisse choisir la version que tu préfères...



Nous fêterons également ici nos 6 mois de voyage. Et oui, déjà ! Le temps file, le retour approche et avec lui une petite pointe d’appréhension apparait. Parce que voyager, c’est pas désagréable mine de rien.


Ce parc, présenté comme un incontournable de la Patagonie, vaut effectivement très largement le détour, même si l’on sent que le tourisme est ici la vache à lait que l’on n’hésite pas à traire à toute heure de la journée... On en a encore mal aux mamelles.



Ajoutez-y maintenant une pointe de sable et vous obtiendrez un joli voyage


Punta Arenas, littéralement « pointe de sable », sera notre destination commune finale. Après, nos ptits vieux s’en retourneront à leurs occupations hexagonales, abandonnant une nouvelle fois leurs progénitures. Parents indignes...


Mais nous n’y sommes pas encore. Nous avons d’abord rendez-vous avec tout plein de petites bestioles qu’on a pas l’habitude de croiser chez nous, enfin chez vous. Citons sans être exhaustifs des guanacos (sorte de lama), des nandus (sorte d’autruche), des renards argentés (sorte de ... renards), des dauphins (sorte de Flipper), des pingouins (sorte de consultant Génération Conseil). La plupart seront observés simplement à partir de notre voiture. Et certains se retrouveront même dans nos assiettes. Les malheureux élus étant le guanaco et le nandu, accompagnant ainsi l’autruche, le caiquen et le castor... Ce soir là d’ailleurs on aurait bien mangé aussi du serveur, tellement celui-ci était antipathique, quoique la viande aurait surement été un peu nerveuse...


Côté flore, là aussi, le dépaysement était au rendez-vous. Par contre, on aura du mal à vous donner ne serait-ce que le nom d’une des plantes locales, nos connaissances en matière de botanique n’allant guère plus loin que le pissenlit. Ohh, t’exagères, on connait aussi le coquelicot...


Nous partirons également vers le cap le plus au sud du continent (soit sans tenir compte des îles, et donc du cap Horn). Nous ne parviendrons pas au bout par manque de temps. C’était déjà l’heure d’aller rendre visite aux pingouins de Magellans, ou plus précisemment aux manchots, car c’est bien de celà qu’il s’agit.


Petit intermède éducatif (ça faisait longtemps) :

La confusion entre manchots et pingouins est classique, à tel point que même nos guides touristiques se plantent allègrement, et nous par la même occasion. Confusion qui remonte aux marins anglais qui prenaient les manchots pour des pingouins, oiseaux qui vivent sur les côtes du Royaume-Uni. Et depuis, la confusion s’est installée durablement dans leur langue, (ainsi qu’en italien, espagnol et allemand) où Penguin (Pinguino..) désigne le manchot. Alors qu’à l’origine le mot, originaire du gallois « Pen gwin » , désignait bien le pingouin.

Ces animaux n’ont pas grand chose en commun. Il est facile de les différencier, en particulier pour deux raisons :

- Le pingouin vit exclusivement dans l’hémisphère nord et est capable de voler

- Le manchot vit exclusivement dans l’hémisphère sud et est incapable de voler

Pierre, tu avais donc raison...





Nous voilà moins bêtes, retournons en à nos bêtes.

Donc nous voici arrivant auprès d’une colonie de manchots de magellans. Et on a beau dire, ces bestioles sont vraiment attendrissantes, et on ne se lasse pas de les voir les ailes écartées en train de se secouer de bas en haut. Ceci dit, on m’aurait proposé un steak de manchot...

L’occasion pour tous d’user et abuser de son appareil photo. Mention spéciale à Odile qui a découvert les joies du mode rafale, soit j’appuie sur le bouton de l’appareil une dizaine de secondes pour prendre à peu près autant de photos. Dans le lot, y en aura bien une de bien quand même... J’ai trouvé mon maître.



Et ces sur ces belles images que nous nous disons « Au revoir ». Nos parents sont maintenant assurés que nous faisons bel et bien des bêtises, et ils nous ont prouvé qu’ils pouvaient aussi barouder en Amérique du sud, mais dans des hôtels 4 étoiles, faut pas déconner.


Et nous, ben on s’attendait a être tranquilles pendant 2 semaines : tu parles, il a fallut s’accrocher ferme pour suivre le rythme imposé par le club des cinq. Mais avouons-le, nous avons passé 2 semaines extras.

samedi 14 février 2009

Les zolies colonies de vacances !

Comment appelez-vous des journées qui s’enchainent où le petit déj’ se prend à l’hombre de la vigne dans le jardin, où l’on passe son temps à papoter, se rafraichir dans la piscine, et où les asados (bbq) sont de rigueur... Et oui, dans ma tête d’ex-parisienne, je vous le donne dans le mil, ça s’appelle VACANCES ! Je sais, c’est un peu osé de ma part quand on sait que ça fait 5 mois qu’on est en grandes vacances... Mais c’est la première fois qu’on se pose... Heuuuu... que je me pose (Sylvain, il tente l’Aconcagua... c’est un autre style de vacances... Chacun son truc !)... Et je ne fais pas ça n’importe où !!! Et oui, je suis super bien accueillie par Luis et Guillemette (amie d’enfance de Sylvain... en effet, pas la mienne de Guillemette, elle, elle part avec son mari en Namibie, ce n’est pas le même coin) :


*En tant que troublion/boute en train : DYLAN (Chien adorable de Luis... c’est vrai, c’est un Pit Bull, mais il est tellement gentil qu’on ne le dirait pas).
*Dans le rôle de cuistot reconnu internationalement : nous avons LUIS.
*En tant qu’animatrice hors-pair en travaux manuels : GUILLEMETTE excelle (par exemple : quand Luis n’était pas au commande de l’asado, nous avons mangé des cakes, salades, gateaux... délicieux ! J’ai aussi appris plein d’autres trucs... crochet, travail de photos plastifiées... j’adore !)
*En guise de raid : des réunions de famille des deux cotés de la famille de Luis pour fêter les anniversaires des uns et des autres... On a été jusqu’à 40 avec que des hispanophones... Même si mon espagnol n’a pas beaucoup progressé, mon niveau de compréhension lui s’est amélioré.
*Pour les soirées à thème : soit on sortait partoch’ et GUITARE, soit on faisait un petit JEU (Cluedo version Simpson, Rumi)... où bien on continuait les travaux manuels appris le jour même.

Mais bon, c’est bien connu, toutes les bonnes choses ont une fin : ce qui aurait dû durer 15 jours (temps d’expé moyen pour attendre le sommet de l ‘Aconcagua) n’a duré qu’une semaine : mon mec est trop fort ! Par contre, avec lui revient son hyperactivité (d’où la fin des vacances)... un peu diminuée par les courbatures, je vous l’accorde.


Mendoza est une région réputée pour ses vignes. Nous avons donc fait la route des vins locale à vélo avec l’agréable compagnie de 2 Suisses, Fred et Nath (que Sylvain a rencontré en rentrant de L’Aconcagua). Journée bien sympathique où nous avons visité 2 caves (une industrielle, une artisanale), pique-niqué de pain, fromage et vin rouge (que c’est bon !), fait un petit sieston (pendant que les hommes visitaient une fabrique d’huile d’olive), et pour finir en beauté, visité une fabrique de liqueur et chocolat (dégustation à la clef, ça va de soit !).


OK, OK, la reprise d’activité n’a pas été trop violente en fait... Nous avons surtout encore beaucoup mangé (que des bonnes choses, un asado gargantuesque, ...), fait des sieste dans le hamack, fait des jeux (Cluedo version Simson, « hombre-lobos » -loup-garou-, Times up, Rumi, ...) et profité de nos gentils hôtes jusqu’à la dernière minute... Même Sylvain a dit qu’il était difficile de ne pas se sentir en vacances ici.


mercredi 11 février 2009

Aconcakoi ?

En quittant la France, je me souvenais à peine de son nom. Je savais encore moins à combien il culminait. C’est pour dire comme il constituait pour moi un non-objectif.

Un peu par hasard, je suis tombé sur lui en lisant notre guide Lonely Planet, et me suis du coup posé l’éternelle question : En suis-je capable ?

Après avoir fait une rapide recherche et vu le prix d’une expédition via agence (3000 $), ce que je croyais alors être le seul moyen possible pour moi, j’ai tout de suite abandonné l’idée. Mais au hasard des rencontres, nous sommes tombé sur Dominique, un belge, qui entre autres choses nous fit part de son envie de grimper l’ Aconcagua, et ce sans guide, car c’est possible. Et comme je suis un homme de défi, et pas seulement de ceux provenant des élucubrations d’ex-amis, je me suis mis en tête de moi aussi monter là haut.




Sommet de la Francophonie


Possible seul, c’est vrai, mais à deux ça reste plus sympathique, et surtout plus prudent en cas de pépin. Et la montagne, c’est comme une orange, plus elle est grosse et plus il peut y en avoir des pépins... (Attention, accrochez-vous, je suis inspiré). Après une rapide recherche Internet, je tombe sur Michel, un québécois, bien motivé par l’ascencion. Le voici donc qui me rejoint à Mendoza pour les ultimes préparatifs. En ce qui me concerne, location casi complète de toute la panoplie du parfait petit alpiniste. Partir grimper l’Aconcagua ça ne s’improvise pas, quoique...



Tabernacle !!!


Nous partons pour 10 à 15 d’ascencion. La moitié de notre équipement sera monté à dos de mule au second camp de base : une obligation sous peine de porter des sacs de 45 kilos. Notre package intègre bien sûr une grosse quantité de nourriture, et notamment un certain nombre de paquets de pâtes, riz, semoule, polenta et autres féculents... de quoi tenir tout un siège.

Arrivée au premier camp de base (3300 m), checking médical obligatoire pour tout le monde : mesure du rythme cardiaque, de la tension, et du taux d’oxygène dans le sang, révélateur de l’acclimatation de l’individu. Ouf, pas de contrôle anti-drogue, je respire...

Michel, lui, respire moins bien. Une hypertension détéctée lui vaut la prise de cachetons. Après une nuit difficile, et devant des symptômes d’un mal non réellement identifié (pression au niveau du thorax), il prendra la sage mais difficile décision de renoncer et de retourner prématurement au Canada. Il laisse en partant tout le nécessaire pour que je continue sans lui, notamment sa tente toute neuve. Bel état d’esprit.


Et puis ces paysages...








Et dire que certains considèrent l’Aconcagua comme un vulgaire tas de cailloux poussiéreux.



Rien ne sert de courir, il faut partir à point


Le secret pour vaincre l’Aconcagua, tout le monde vous le dira, c’est l’acclimatation, soit rester une bonne semaine minimum en haute altitude pour habituer l’organisme et produire du globule histoire de mieux transporter le peu d’oxygène présent. Pas de souci Amélie, promis, je prends mon temps... Au programme donc, quelques sommets de 5000 m et plus aux alentours. Sauf que...



Sauf que quand j’arrive au second camp de base (4365 m), mon premier réflexe est de consulter les conditions météos des jours à venir. On m’annonce qu’elles sont mauvaises sur les 5 jours suivants (vents violents : rédibitoire pour l’ascencion du sommet). Au delà, on ne sait pas mais ça peut durer encore plusieurs jours. Conditions mauvaises, sauf une journée très correcte (20 km/h de vent), 3 jours après mon arrivée au second camp.

Bon, j’ai hésité, au moins 3 secondes, et j’ai décidé de « tenter » de viser la « fenêtre météo », soit de faire le sommet en 6 jours quand les expés prévoient le double, bien sûr en gardant en tête que si je sens le moindre signe d’un problème d’acclimatation majeur je renoncerai pour peut-être retenter plus tard.



Ascenso


Coupure publicitaire (ben ouai faut bien gagner sa vie, et puis on est pas sur le service public, nan mais).

Si vous cherchez des intérimaires spécialisés dans les métiers de la montagne, j’connais un chtit gars bien sympa qu’a monté sa boite du côté de Grenoble. La boite s’appelle Ascenso.

Bon Meumeu pour l’achat de cet espace publicitaire tu me paieras en bière à mon retour.


Bon sinon, Ascenso ça veut aussi dire l’ascencion, alors revenons en où nous montons...


Une journée consacrée à l’acclimatation et aux repérages : montée tout de même jusqu’à 6000 mètres (camp « Cholera » pour les connaisseurs) juste histoire de voir à quoi ça ressemble et de déjà battre au passage mon précédent « record », le Kilimanjaro et ses 5890 mètres.


Dès le lendemain, je monte de quoi bivouaquer et le matos d’alpi jusqu’à « Nido de condores », le camp d’altitude à 5500 mètres dans lequel j’ai décidé de crécher avant l’ascencion finale. Fonte de neige pour remplir quelques bouteilles et cuisiner une horrible polenta, passage au toilette (comment ça ce sont des détails qui ne vous intérèssent pas...) avec un sac plastique en guise de cuvette, et nuit difficile (pas beaucoup plus d’une heure de sommeil en cumulé ; altitude, froid, excitation, manque de confort... obligent).


Lever 3h pour admirer un superbe ciel étoilé et accessoirement commencer l’ascenso.


J’avais proposé à un espagnol croisé plusieurs fois pendant la montée jusqu’au « Nid » de m’accompagner. Il avait un rythme proche du mien ce qui est important parce que attendre en moyenne montagne ça se fait bien, il suffit de me mettre un appareil photo dans les mains et je suis heureux. Mais quand il fait des températures extrêmes, il vaut mieux ne pas s’arrêter trop longtemps. L’espagnol, Marc de son prénom, avait accepté, et nous partions donc ce matin là ensemble avec le strict nécessaire, notamment 2 bouteilles d’eau qui avaient passées la nuit avec moi dans le duvet (coquines...), ainsi d’ailleurs que deux cartouches de gaz et les chaussons des coques (chaussures d’alpi). Sacrée partouse (rrrrrroooooo).

Adressez les plaintes à mes parents, ce sont eux et leur éducation baclée qui sont entièrement responsables, je ne suis moi qu’une victime...





8 heures, un chaussage de crampons et beaucoup de pauses respiratoires plus tard, nous arrivons enfin au sommet. Les premiers qui plus est : pas un objectif mais très agréable de s’y retrouver seul pour renforcer le côté « exploit » (parce que oui, pour moi c’est un exploit).

Ce jour là il faut savoir qu’il y avait plus de 100 personnes qui ont tenté le sommet, conditions météo idylliques obligent.


La météo, parlons en. N’ayant pas pris d’instruments de mesure, je ne peux que vous donner les prévisions du jour : 20 km/h de vent (ça je l’ai déjà dit) et -15°C. Ça peut paraître froid mais c’est plutôt chaud pour là haut, où, vent aidant, on arrive vite à -30°C. Mon équipement de loc quelque peu viellot mais néanmoins opérationnel m’aura permis de bien me protéger de ce froid très vif. Ce qui n’aura pas été le cas de Marc qui ne s’attardera pas au sommet, de sacrées gelures aux mains le poussant à écourter la contemplation des paysages environnants.

Après avis de médecins, il devrait retrouver la sensibilité de ses doigts, provisoiremment violets et gonflés, d’ici quelques jours. Rien de bien catastrophique mais ça fait peur, surtout quand on sait que les conditions étaient excellentes.


Monter aussi haut c’est avant tout une expérience, un apprentissage. Se rendre compte de l’impact de l’altitude sur l’organisme c’est tout bonnement incroyable. Je n’ai ressenti aucun symptôme du mal de l’altitude, mais nous ne sommes pas égaux face à ce phénomène. Par contre le manque d’oxygène est très surprenant. Faites 5 mètres sur une légère pente montante, et vous vous arrêtez, vous appuyez sur vos bâtons et soufflez de longues secondes. Quand en plus on sait que la pente pour atteindre le sommet est particulièrement raide, l’équipement d’alpi particulièrement lourd, vous comprendrez que l’Aconcagua n’est pas donné à tout le monde. Par contre il est « techniquement accessible » (pas besoin de cordes, piolets, tout du moins par la voie normale).


Je me délecterai des paysages alentours de nombreuses minutes en observant notamment ce qui semblerait être la limite entre troposphère et stratosphère (différence de teinte du ciel assez évidente sur les photos.



Puis c’est la redescente, longue et douloureuse. Arrivée au « Nido », une sieste de ½ heure impérative (je m’endormais pendant la montée), pliage de tente, et redescente encore plus douloureuse à « Plaza de mulas », le second camp de base.



Veni, vidi, vici


Bon, c’est pas tout ça, mais maintenant il est temps retrouver les excellents gratins de Guillemette et les succulents asados de Luis... Et moi ??? Rien à faire ?!


La satisfaction du devoir accompli, je m’en retourne à l’entrée du parc.

Mais boudiou, j’en ai bavé. Parce que économe (radin ?) comme je suis, j’ai refusé de payer les 160 $ d’une mule pour me descendre mes affaires jusqu’à l’entrée. Et malgré m’être délesté de toute la nourriture en surplus (le siège n’aura pas été si long, et puis j’étais finalement seul) et des bouteilles de gaz non utilisées, j’ai quand même trainé un sac de près de 35 kilos sur le dos, et ce sur 25 km. Vivement les mains réparatrices d’Amélie...

Au delà d’un sacré mal de dos, le poids m’aura valu, déséquilibre oblige, une entorse et une belle chute tête la première. Bon, je dis pas, y avait peut-être aussi un peu de maladresse dans tout ça, mais chut, faut pas le dire.


25 km d’une souffrance qui sera cependant atténuée par la beauté du décors...




Luis, fais chauffer le barbecq, j’arrive !!!